La Commune Libre de la Colombette n'est pas un cas unique, il existe en France une cinquantaine de communes libres. Beaucoup se sont créées au lendemain de la guerre 39-45, en reprenant souvent les traditions d'un quartier à forte personnalité pour lui donner un nouveau dynamisme. La plus célèbre, même si elle est loin d'être la plus représentative aujourd'hui, est la Commune Libre de Montmartre.
Beaucoup des communes libres d'aujourd'hui, souvent situées dans des zones touristiques, concentrent leur mission sur la conservation des cultures locales, notamment les chants et les danses folkloriques.
Le cas de la Colombette est différent.
La Commune Libre de la Colombette a été fondée au sortir de la dernière guerre par une bande d'artistes, amateurs et professionnels qui avaient établi leur quartier général au Bar des 2 Anes (devenu aujourd'hui le Café Populaire).
Le programme de cette municipalité "pour rire" était sérieux : recueillir de l'argent pour aider les nécessiteux - ils étaient nombreux dans cette difficile période d'après-guerre- à se chauffer et participer ainsi à l'œuvre du "Sac de charbon".
Comment ? En faisant ce qu'ils savaient le mieux faire : de petits spectacles payants au Bar des 2 Anes où alternaient musique, chansons et numéros de fantaisistes. Artistes professionnels et amateurs s'y mêlaient. Mady Mesplé, Paulette Pastor et le pianiste chef d'orchestre Lionel Cazeaux entre autres vinrent quelquefois apporter leur concours sur la minuscule scène aménagée au fond du café.
Très vite, la mayonnaise a pris, et ce qui n'aurait pu être qu'un feu de paille est devenu une institution populaire qui a aujourd'hui dépassé les 60 ans. Aux spectacles du début sont venus se joindre d'autres manifestations : courses d'ânes, organisation d'un carnaval avec défilé de chars, élection de la Reine de la Commune Libre, visites en calèche ou en vieux tacots...
C'est en grande partie à la personnalité de son premier maire, Louis Pont, alias le chansonnier Durval ou le clown Lélé, que la Commune Libre doit le succès de ses premières années. Fabricant de pantalons de la rue d'Aubuisson dans le "civil" et titulaire de nombreuses décorations -croix de guerre 14-18, médaille militaire 39-45, palmes d'officier d'acamédie, mérite social - Louis Pont a mis sa fantaisie et sa bonne humeur au service de nombreuses causes humanitaires. La Colombette s'est immédiatement reconnue dans ce personnage hors normes.
Jean-Louis Amade a quant à lui, gravi peu à peu les échelons de la commune libre : simple membre, garde-champêtre puis enfin maire à vie au décès de Louis Pont, il y a un peu plus de 20 ans. Ces ancien légionnaire, résistant puis "posticheur" sur les marchés, est lui aussi une personnalité marquante. La gouaille du camelot, un solide bon sens populaire, le verbe haut du Toulousain, le goût de l'histoire et des livres font de Jean-Louis Amade le digne successeur de Louis Pont. Il vient de fêter ses 86 printemps, et s'il est toujours bon pied, bon œil, la fatigue se fait parfois sentir : il s'est désigné un maire adjoint pour l'assister, Serge Terrazzoni.
Après un passage à vide dans les années 70, la Commune Libre de la Colombette est redevenue, au fil des ans, l'incarnation de ce quartier authentiquement populaire, qui a su garder son âme malgré les bouleversements de la vie moderne.
A une époque où les quartiers sont à la recherche d'une nouvelle image, la vitalité et le dynamisme de la Colombette représentent des valeurs positives pour la ville.